Que nous disent les neurosciences sur les devoirs d’été ?

 

Bernadette Robine, professeure des écoles, a reçu une leadership grant du Lycée pour explorer les neurosciences de la mémoire et de l’apprentissage. Elle partage les résultats de ses recherches sur les moyens de garder le cerveau de vos enfants actif cet été, sans devoirs… 

Les vacances d’été sont là, moment tant attendu par tous les élèves. Du côté des parents, se pose toujours la même question angoissante : Faut-il donner des devoirs de vacances à son enfant ? En d’autres termes, comment faire pendant les mois d’été pour aider son enfant à consolider les apprentissages acquis durant l’année scolaire?

Nous avons tous notre avis sur la question. Certains pensent qu’il est important de laisser son enfant tranquille, vaquer à ses occupations sans contrainte jusqu’au moment de la rentrée. D’autres, en revanche, veulent profiter des vacances pour faire réviser leurs enfants, s’avancer dans une matière ou revoir certaines notions moins bien comprises.

Qu’en disent les neurosciences de l’éducation ?

Les neurosciences de l’éducation ont pour vocation d’étudier les stratégies et les méthodes d’enseignement à la lumière des avancées  scientifiques autour de la mémoire, des apprentissages ou encore du langage.

Pour répondre à la question “doit-on faire travailler ses enfants pendant les vacances ?” les sciences de l’apprentissage révèlent que seuls les acquis les plus récents en profitent, et qu’il faut transposer les notions dans la vie quotidienne en évitant de reproduire le contexte de l’école. En résumé, un élève qui travaille pendant ses vacances ne doit pas le faire comme il le ferait pendant le reste de l’année. Cela ne veut pas dire qu’il faut absolument prévoir un programme de révision. 

Comment stimuler nos enfants pendant les vacances ?

Oublions les termes “travail” et “devoirs” du vocabulaire quotidien. Un enfant a tout à fait conscience que l’école est terminée et a aussi besoin de faire une pause sur le monde de l’école. Il est important de se reposer et de prendre le temps  de vivre autrement. 

Un enfant est naturellement curieux et la curiosité construit le cerveau de l’enfant. C’est par l’expérience, en se mettant en action que l’enfant va explorer le monde qui l’entoure et construire des apprentissages solides. Transformer une situation du quotidien en véritable expérience d’apprentissage consolidera les acquis de vos enfants car ils pourront confronter la théorie et la pratique :

  • Préparer une recette de cuisine peut permettre de travailler sur les unités de mesure, de comparer, de compter, d’utiliser un outil comme la balance ;
  • Utiliser un vocabulaire correct et précis dans les actions de la vie quotidienne favorise également les apprentissages ;
  • Si vous avez la chance de voyager ou même d’explorer la ville de New-York et ses alentours, vous pouvez étudier avec votre enfant  la géographie, la culture et l’histoire de votre lieu de vacances, du nouveau quartier découvert ensemble ;
  • Observer la nature qui vous entoure, faire un carnet de croquis, tenir régulièrement un petit journal racontant les aventures vécues pendant les vacances, construire une maquette avec des objets recyclés, jouer à des jeux de société sont autant d’opportunités pour reprendre des compétences travaillées en classe.

Doit-on bannir le traditionnel cahier de vacances ?

C’est en pratiquant que l’on apprend, l’été pourrait donc être l’occasion de consolider des fondations, de rafraîchir la mémoire en maintenant le fil avec ce qui a été appris durant l’année. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’Education Nationale depuis 2018, explique que notre cerveau a une courbe d’oubli décroissante. Notre cerveau oublie rapidement une grande partie des informations reçues chaque jour (le montant précis de l’addition au restaurant, le visage des gens que l’on croise dans la rue, l’ordre dans lequel on est rentré dans la classe le matin). Pour renforcer des apprentissages, il convient souvent de les répéter,  selon le principe de la plasticité cérébrale. Au cours des apprentissages et des expériences, les connexions entre les neurones se modifient en permanence. Le terme de plasticité cérébrale ou neuroplasticité décrit cette capacité du cerveau à se façonner au gré de l’histoire vécue. Rien n’est jamais figé dans nos neurones, quels que soient les âges de la vie. 

Proposer un cahier de vacances peut être intéressant pour reprendre des notions travaillées au cours de l’année sans qu’il ne soit présenté comme une corvée. Son utilisation doit être, autant que possible, intégrée dans le rythme des vacances. Ce rituel ne doit pas être trop long dans la durée et l’effort doit être maintenu sur une longue période. Procéder par des phases de travail intensif mais occasionnelles et sporadiques  ne permet pas  la mémorisation et  la consolidation des connaissances sur le long terme. Il faut aussi retenir que les cahiers de vacances ne sont que des méthodes d’entraînements. Ils n’aident pas à construire l’apprentissage de nouvelles notions.

Et la lecture ?

L’été peut être le moment de promouvoir la lecture. Les bons lecteurs sont généralement ceux qui lisent pendant les vacances. Tout type de lecture n’est pas à négliger. Choisir des ouvrages qui sortent du contexte scolaire, des lectures plaisirs tels que la bande dessinée, les magazines… sera plus motivant pour les enfants, notamment pour ceux qui n’aiment pas lire. Cela leur donnera également la possibilité de s’évader, de développer leur imagination ou de s’intéresser à de nouveaux sujets. Les enfants aiment aussi qu’on leur lise des histoires… Pourquoi ne pas proposer des temps de lectures collaboratives entre vous et votre enfant ? 

Quel que soit le choix que nous faisons pour nos enfants en ce qui concerne les devoirs de vacances, il est sûr qu’il faut relâcher la pression de l’année et qu’il faut en profiter pour se retrouver en famille et vivre ensemble des expériences.  

Bonnes vacances à tous !


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