De New York à Lagos

 

Sékou Coulibaly (’99) est né en France de parents maliens et est arrivé au Lycée Français de New York en 1996. Pour suivre les diverses affectations de sa mère, la famille a vécu dans plusieurs pays, avec des passages à Genève en Suisse et dans plusieurs villes africaines, dont Conakry en Guinée, Kigali au Rwanda, Ouagadougou au Burkina Faso et Bangui en République centrafricaine. En 2013, il est revenu en Afrique avec sa femme, Binta Kate, pour un poste à Lagos au Nigéria où il est manager général de la division des produits de consommation pour L’Oréal Afrique de l’Ouest.

Dans quelles circonstances avez-vous été amené à étudier au Lycée Français de New York ?

Ma famille est partie de République centrafricaine pour New York en 1996. A l’époque, ma mère travaillait pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et nous avons dû quitter la capitale, Bangui, à cause de mutineries armées. Mon frère Youssouf et moi sommes arrivés à l’école secondaire au même moment qu’un autre élève africain, Hichem Kerma, qui venait d’Algérie. Hichem et moi sommes toujours amis, et je me souviens que nous pensions tous les deux que le Lycée était très différent des lycées que nous avions fréquentés en Afrique et en France. Les élèves venaient de plusieurs pays, de traditions religieuses différentes et de divers milieux socio-économiques. Je me suis toujours adapté facilement, mais aucune autre école n’était aussi motivante. Le mélange entre l’énergie et le multiculturalisme de New York, la diversité des élèves du Lycée et l’accent mis sur la réussite scolaire m’ont permis de développer la confiance et l’ambition nécessaires à la réalisation de mon potentiel.

 

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Vous avez fait presque toute votre carrière professionnelle chez L’Oréal, comment ça s’est passé?

Après avoir obtenu mon diplôme à l’université McGill, j’ai travaillé en tant qu’assistant marketing chez Dassault Aviation, et je suis parti après un an pour faire un master en marketing et communication à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris (ESCP-EAP). J’ai obtenu un stage de six mois chez L’Oréal, et c’était un peu difficile au départ. Je faisais mon stage tout en écrivant mon mémoire. Les stagiaires sont mis directement dans le bain, et seuls les plus résistants s’en sortent.

J’ai toujours été intéressé par la mode. Au Lycée, j’ai été premier prix en arts plastiques. L’art était une façon pour moi de m’évader, et pendant une période, l’idée de travailler en entreprise ne m’attirait pas du tout. Encore aujourd’hui, j’adore travailler avec les créatifs. Je leur donne des idées et une direction générale, mais je leur laisse toujours la possibilité d’être inventifs et originaux, car le résultat est en général meilleur ainsi.

Parlez-nous de votre vie au Nigéria.

Le Nigéria est une terre d’opportunités, avec un énorme potentiel et une classe moyenne grandissante. La période actuelle est très stimulante, avec les secteurs industriels qui évoluent au-delà des ressources naturelles, vers d’autres domaines comme les télécommunications, la finance, etc. Mais c’est un pays qui se repose encore trop sur sa production de pétrole brut, ce qui le rend très dépendant du cours du pétrole.

Quand les prix ont baissé récemment, de nombreuses entreprises se sont retrouvées en difficulté. Les consommateurs nigérians sont très affectés par les changements de prix. La chute des prix du pétrole a affecté le taux de change, le dollar est devenu plus fort, ce qui a augmenté les coûts d’opération, et a réduit le pouvoir d’achat des ménages et leur consommation. Les salaires des fonctionnaires ont été payés en retard, ce qui a renforcé ce cercle vicieux. Cette année à L’Oréal, nous essayons de combattre ces fluctuations en consolidant nos activités et en développant une stratégie de long terme pour accélérer notre croissance en 2016 et pour les années à venir.

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Comment est la vie à Lagos?

Lagos est un peu comme New York, mais sans l’infrastructure. Il y a 20 millions d’habitants, donc c’est assez trépidant, avec beaucoup d’énergie. C’est très vivant et il y a des investisseurs qui viennent de partout dans le monde. Le Nigéria est une ancienne colonie britannique, et les nouvelles générations de Nigérians reviennent dans leur pays pour participer au développement du pays. Il y a de nombreux groupes ethniques différents et trois grandes religions : le christianisme, l’islam et l’hindouisme. A chaque fois que je rencontre une nouvelle personne, ou que je découvre un nouveau quartier, je suis agréablement surpris. J’ai été invité à un événement et je me suis rendu compte qu’il y avait de nombreux Roumains qui vivent dans le pays. Il y a aussi de grandes communautés grecques et italiennes, et des Indiens qui sont là depuis plusieurs générations.

Culturellement, le Nigéria a l’air d’être un pays très riche, et certains écrivains nigérians sont très connus aux Etats-Unis.

Oui, les écrivains et les musiciens. La culture et la musique nigérianes modernes sont incroyables. Les musiciens et les artistes nigérians sont parmi les plus importants d’Afrique. Quand j’ai été au Kenya, ils écoutaient de la musique nigériane, au Ghana et au Mali aussi. Des artistes comme Asa et Fela Kuti sont très aimés. Grâce à un de mes amis, j’ai eu la chance de rencontrer Asa et Keziah Jones à Lagos. Ils m’ont fait connaître la scène artistique et m’ont très bien accueilli.

Quel est votre prochain projet?

Mon but est de continuer à évoluer professionnellement. Dans mon poste actuel, il y a beaucoup de choses qui se passent au Nigéria et en Afrique, donc ça dépend. Si j’ai l’occasion de faire encore avancer les choses au Nigéria, je resterai. Si je peux être plus utile dans les bureaux de Paris pour continuer à développer la stratégie africaine, je ferai ça. Les marchés et les cultures asiatiques et latino-américaines m’ont toujours fasciné, donc on ne sait jamais…

Citations:

“Le Lycée m’a permis de développer la confiance et l’ambition nécessaires à la réalisation de mon potentiel.”

“Le Nigéria est une terre d’opportunités, avec un énorme potentiel.”


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