The “R” Spot and the Bilingual Brain

Cet article est paru dans l’édition 2014 du LFNY Magazine.

Il y a un endroit de votre cerveau où la lettre R a élu domicile. Nous avons tous un même point R mais il ne fonctionne pas de la même façon. Ce qui n’est pas vraiment une surprise parce que le point R est bien plus qu’une lettre. Les Français placent leur R plutôt sur l’arrière de la langue. Les Américains le posent à son milieu. Quant aux Espagnols, ils ne pourraient concevoir qu’on puisse le prononcer autrement que posé en équilibre à son extrémité.

Ces lettres que nous prononçons différemment notre cerveau les traitent aussi différemment. Chacun de ces R —glottiques ou roulés, ou voilés, ou encore lâchés assourdis en fin de mot à la manière des anglais—, suppose un câblage neuronal spécifique. Et nous parlons là d’une seule lettre d’un alphabet qui en compte 26. Et d’un alphabet parmi quelques 19 autres. Faut-il rappeler que les Chinois, les Japonais et d’autres langues asiatiques ont des milliers de caractères ? Que toutes ces lettres produisent les centaines de phonèmes distincts de 6 800 langues distinctes ? Nous sommes nés avec un cerveau capable de les apprendre toutes. Au moins pour un temps.

L’apprentissage d’une langue nous paraît tout ce qu’il y a de plus naturel ; dès l’âge de cinq ans nous parlons tous couramment —même si ce n’est pas encore très élégamment — au moins une langue maternelle. Penser consomme beaucoup de calories. Le cerveau, avec quatre milliards de connexions synaptiques, a la part du lion. Avant même d’avoir atteint l’âge d’un an, nous commençons à élaguer et supprimons environ un tiers des connexions synaptiques avec laquelle nous sommes nés. Cette concentration des capacités cérébrales les rend certainement plus aigües mais aussi les limite. Sur le plan de la communication, cela peut vouloir dire s’en tenir à une seule langue.

“Nous sommes nés avec un cerveau capable d’apprendre les quelque 6 800 langues parlées dans le monde.”

Supposons que nous voulions agrandir un peu cette fenêtre apprentissage et y coincer une deuxième langue, voire une troisième et une quatrième. La maîtrise de plusieurs langues est certainement une compétence monnayable sur le marché l’emploi ; elle est très utile en voyage ou pour comprendre les dialogues sans regarder les sous-titres au cinéma. Mais permet-elle plus que ces avantages pratiques ? Les chercheurs, de plus en plus nombreux, en sont convaincus. Le multilinguisme est un avantage qui touche à presque tous les domaines de notre vie.

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Des études montrent que les multilingues sont cognitivement plus agiles que les monolingues : ils peuvent passer d’une tâche ou d’un problème à l’autre plus rapidement et plus facilement. Leur concentration est supérieure, ils surmontent mieux les ambiguïtés et appréhendent mieux les systèmes symboliques comme les mathématiques et la musique. Les enfants multilingues se révèlent souvent plus intuitifs et plus empathiques que les enfants monolingues, avec un plus grand sens de la vastitude et de la diversité du monde. Les adultes multilingues sont moins sujets à la sénilité où en sont victimes plus tardivement que ceux ne parlant qu’une seule langue.

Cet avantage des multilingues est remarqué depuis que les hommes parlent. Nous pouvons maintenant observer les neurones à l’œuvre dans le processus du langage et mieux comprendre ce qui passe. À l’Université de Washington à Seattle, les chercheurs se servent de l’encéphalographie magnétique non invasive pour épingler dans le cerveau ce fameux point R insaisissable et les autres endroits où d’autres phonèmes distincts sont perçus et traduits.

“Une vie avec une langue supplémentaire n’est rien moins qu’une vie avec une dimension supplémentaire.”

La difficulté, moquée dans la culture populaire à une époque moins politiquement correcte, qu’auraient nombre d’Asiatiques à distinguer entre le son R et le son L est sans doute exagérée, mais elle est très réelle. Elle illustre parfaitement la surdité des locuteurs d’une langue pour les sons d’une autre. Ce son, que n’avez aucun mal à entendre et à reproduire, peut être proprement barbare en dehors de votre culture. Si vous n’avez pas grandi en Italie, vous ne parviendriez pas à reproduire la consonance si particulière du gl, dussiez-vous y passer le reste de votre vie. Il en est de même du c, proche du th anglais et du chevauchement subtil du v et du b en espagnol. Ces phonèmes pourtant, vous pouviez tous les entendre et tous les reproduire avant que le cerveau ne commence son travail d’élagage.

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Dans le laboratoire de Seattle, les chercheurs observent ce qui se passe dans le cerveau des locuteurs autochtones japonais quand ils entendent les sons ba et wa, des phonèmes qui sont communs à la plupart des langues. Le traitement des deux sons s’effectue à un point bien précis du cerveau, comme le révèle l’activité d’un groupe neurones très spécialisés enregistrant ce que les oreilles ont entendu. Les cerveaux américains réagissent de manière similaire à ba et wa, et aussi quand ils entendent un R ou un L. Mais le traitement d’un R et d’un L s’avère beaucoup plus difficile dans le cerveau japonais. Le point n’est plus aussi distinct ; c’est un agrégat diffus comme si les neurones consultaient les neurones voisins pour interpréter ce qu’ils entendent. Passé un certain âge, qui peut venir dans la petite enfance, le cerveau renonce. La langue japonaise n’a pas intégré ces phonèmes parce que leur occurrence était trop faible.

La famille moyenne n’a pas d’encéphalographe magnétique à portée de main mais les parents du Lycée peuvent observer tout le temps de semblables processus chez leurs enfants. Nos filles, qui entrent en sixième et en quatrième à la rentrée, sont des élèves du Lycée depuis la maternelle. Elles ont un père anglophone et une mère hispanophone et ont été élevées dans les deux langues depuis la naissance. Leurs cerveaux étaient donc particulièrement préparés à la diversité linguistique. Elles n’avaient jamais entendu encore un mot de français. Elles ont toutes deux vite appris, mais j’ai remarqué une différence subtile : notre cadette a maîtrisé le R glottal mieux et plus vite que notre aînée. Elle a conservé jusqu’à aujourd’hui cette avance à peine audible pour une raison simple : quand notre fille aînée a commencé l’école notre famille a commencé à évoluer dans milieu plus francophone —réunions, invitations et conversations à la porte du Lycée. Notre plus jeune fille, qui avait seulement un an à l’époque, a tout entendu et tout absorbé.

“Les multilingues ont une meilleure concentration, ils surmontent mieux les ambiguïtés et appréhendent mieux les systèmes symboliques comme les mathématiques et la musique.”

« Linguistiquement parlant », écrit Patricia Kuhl, co-auteur du livre The Scientist in the Crib, « les enfants entre dans la vie comme des citoyens du monde mais ils ne le restent pas longtemps. » Certes. Mais plus ils entendent parler d’autres langues, et plus ils peuvent franchir les frontières munis de laissez-passer linguistiques.

Le profit n’est pas mince et souvent inattendu. Lors d’une conférence sur le multilinguisme au Lycée en 2012, la chercheuse en psychologie, Ellen Bialystok, de l’Université York de Toronto, a évoqué le problème « chien-dog » très commun chez les bilingues qui ont deux mots à leur disposition pour chaque concept ou objet, un exercice de bascule encore plus difficile pour les trilingues et quadrilingues. Plus le cerveau est mobilisé et plus il gagne en agilité.

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Bialystok a comparé « l’effet Stroop » chez les monolingues et les bilingues. Le test de Stroop est un exercice simple : les sujets doivent identifier la couleur d’un mot sans lire le mot lui-même. Ainsi, le temps de réaction — en d’autres termes le temps nécessaire à l’identification de la couleur avec laquelle le mot est écrit— est beaucoup plus long lorsque le mot est incongruent (le mot « bleu » écrit en « rouge» ou le mot jaune écrit en « vert ») que lorsque le mot est congruent (le mot « rouge » écrit en rouge et le mot « jaune » écrit en jaune). Je doute que vous ayez à vous mobiliser pour des épreuves du test de Stroop dans le cours ordinaire d’une journée mais bien d’autres choses pourraient demander une rapidité de réaction qui paraît supérieure chez les bilingues.

Avant d’être proviseur du Lycée Français, Sean Lynch a travaillé dans un autre lycée multilingue en France. Il voit des avantages d’un autre ordre, moins mécanistes, à apprendre plusieurs langues. Les jeunes enfants passent par une phase narcissique, un stade de leur développement tout à fait normal. Selon lui, plus ils s’intéressent tôt au monde extérieur plus ils intègrent tôt d’autres comportements, propres à une espèce sociale, comme l’empathie et la coopération. En ce sens, la pratique d’une autre langue ouvre une brèche dans la forteresse de la langue maternelle. Elle rend plus humble, relativise et égalise. Les enfants qui réalisent qu’il existe 6 800 autres façons de dire « jouet », « balle » ou « chiot » dans autant de langues étrangères sont conduits à réexaminer leur vision du monde : elle n’est peut être pas plus vraie ; elle n’est certainement pas unique. C’est une étape très importante vers l’âge adulte.

Les multilinguistes ne sont pas d’emblée fluides. Les parents et leurs enfants bilingues pratiquent ce que les linguistes appellent le code switching —ce que nous appelons, le plus souvent dédaigneusement, le « spanglish » ou le « franglais », c’est-à-dire l’alternance de deux langues dans une même phrase. C’est pour les parents une façon de gagner du temps. Pour se faire comprendre ils choisissent le mot le plus simple dans l’une ou l’autre langue, comme sur un menu de cafétéria. Les enfants empruntent cette pratique à leurs parents mais ils la développent également par eux-mêmes parce qu’ils ne connaissent pas toujours le mot dont ils ont besoin dans la langue dans laquelle ils s’expriment.

“Lorsque les enfants s’intéressent jeunes au monde qui les entoure, ils développent leur sens de l’empathie.”

Le code switching rend temporairement l’expression confuse. Le vocabulaire dans les deux langues des enfants bilingues est moins étendu et moins précis que celui des monolingues. Ce problème se résorbe au fil du temps, les enfants multilingues rattrapent leur retard et deviennent totalement bilingues.

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Qu’en est-il des personnes âgées ? De ces personnes qui conservent leurs prodigieux dons linguistiques à l’âge où leurs facultés cognitives commencent à diminuer ? La dure vérité est que presque toutes les personnes atteignant un âge avancé montrent des signes de sénilité, maladie d’Alzheimer ou forme plus bénigne. Le moment et la gravité de ces altérations varient et peuvent être modifiés. Ellen Bialystok évoque plusieurs études montrant que les bilingues sont frappés de sénilité en moyenne 4,1 ans plus tard que les monolingues et par la maladie d’Alzheimer de stade terminal 5,1 ans plus tard. Les sceptiques allèguent que le multilinguisme à lui seul ne peut expliquer ces chiffres et que toute gymnastique cérébrale, scrabble, mots-croisé, puzzles ou cours pour adultes donneraient un même sursis. D’autres soutiennent que le multilinguisme produit des résultats bien supérieurs.

Leur argument, selon Bialystok, est que « les cerveaux des multilingues sont tout aussi autant affectés par la sénilité mais ils la combattent mieux. Comparé aux cerveaux des monolingues leurs cerveaux fonctionnent à un niveau plus élevé ».

La maîtrise de plusieurs langues vient naturellement et facilement aux enfants nés dans un foyer où l’on parle deux ou trois langues. Pour les autres, un établissement bilingue est une bonne alternative. Quant aux parents, qui jonglent avec des devoirs en plusieurs langues, qui assistent aux réunions scolaires en ne comprenant qu’un mot sur deux et qui subissent le choc annuel des frais de scolarité, que la route est longue ! Mais rien de valeur ne s’acquière sans peine ni patience. Et ouvrir à des enfants un horizon de savoir élargi et assurer leur épanouissement personnel et professionnel mérite bien ce labeur. Une vie avec une langue supplémentaire n’est rien moins qu’une vie avec une dimension supplémentaire.

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Photos de Pascal Kerbel.

 

There’s a place in your brain where the letter R lives. Everyone’s R-spot is pretty much the same, but they all operate in more than one way. That makes sense, because R is more than one letter. The French prefer their R on the back of the tongue, for example. Americans move theirs up to the middle, and the Spanish will not deign to pronounce an R at all unless they can balance it delicately on the tip of the tongue.

Letters that are expressed differently are also processed by the brain differently. So every little R—rolled or glottal or flattened or dropped altogether, as they are at the end of a word when the British get ahold of them—requires a particular bit of neural wiring. And that’s just one letter in an alphabet that has 25 others. That alphabet, in turn, is just one in a world with up to 19 more, to say nothing of the thousands of characters used by the Chinese, Japanese and other Asian cultures. And all of those letters produce hundreds of discrete phonemes that make up 6,800 discrete languages. On the day you were born, your brain was equipped to learn every single one of them—at least for a while.

“On the day you were born, your brain was equipped to learn every single one of the world’s 6800 or so languages—at least for a while.”

Learning a language is something we take for granted; nearly everyone is a completely fluent—if not terribly elegant—speaker of at least one native tongue by age five. But that’s not to say it’s easy on the brain. The act of thinking burns a lot of calories, and the brain, with one quadrillion synaptic connections to operate, takes more than its share. Even before we’re a year old, we start pruning back about one-third of the synaptic connections with which we’re born, making the brain a more focused, less diffuse organ, but also a more limited one. In the case of speech, that can also mean a monolingual one.

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But what if we wedge that learning window open a little? What if we pour in two languages or even three or four while we can? Is being multilingual merely a nice marketable skill and a good way to make travel easier and foreign films more fun, or is the polyglot brain also a more nimble brain? Are there advantages to knowing more than one language that go beyond the utilitarian? Increasingly—indeed, overwhelmingly—scientists are saying yes, and those advantages extend to almost every area of your life

Studies are showing the multilingual people are cognitively more agile than monolinguals—able to toggle between non-linguistic tasks and problems with greater speed and ease. They focus better, deal with ambiguity better and understand symbolic systems like math and music better. Young, multilingual children may be more intuitive and empathic than monolingual kids, with a greater sense of the enormity and diversity of the world. Multilingual seniors tend to have a lower—or at least later—incidence of dementia than those who speak only one language.

“A life with an additional language is nothing short of a life with an additional dimension.”

For as long as humanity has been a lingual species, there has been at least anecdotal evidence for these advantages, but it was only when we developed the ability to peek into a working brain that we began to see the neural machinery at work. At the University of Washington in Seattle, for example, investigators use noninvasive magnetic encephalography to look for that elusive R spot in the brain—as well as the spots at which other discrete phonemes are translated and perceived.

The inability of many Asian cultures to distinguish between the R and L sounds may have been exaggerated—and, in a less sensitive era, made light of—in the popular culture, but it’s a very real thing. It is, however, just one of innumerable cases of cross-linguistic tone-deafness—sounds one culture comprehends and reproduces easily and others can’t begin to wrap their brains or tongues around. If you didn’t grow up in Italy, you could work the rest of your life to master the Italians’ particular gl blend and never get it right; ditto with the Castilian th or subtle overlap of the Spanish v and b. In all of these cases, it’s a question of the phonemes you hear before the brain-pruning begins.

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In the Seattle lab, investigators illustrate this by monitoring the brains of native Japanese speakers when they hear the ba and wa sounds—which are phonemes that are common to most languages. The processing of both shows up as a precise dot in the brain—a sign of a well-trained cluster of highly specialized neurons that light up to register what the ears have heard. American brains react similarly to ba and wa, and they do the same when they hear an R or an L. But R’s and L’s have a much harder time in the Japanese brain. There, the discrete point becomes more of a diffuse splatter—a cluster of confused neurons recruiting other, surrounding neurons to see if they can make sense of what they’re hearing. After a certain age—which can come early in childhood—the brain will never get it right. The Japanese language, by pure random chance, never saw the need to incorporate those phonemes so the ears slammed shut to them.

“Multilingual people focus better, deal with ambiguity better and understand symbolic systems like math and music better.”

The average family does not have a magnetic encephalographer handy, but Lycée Français parents can see similar processes play out in their children all of the time. Our daughters are entering sixth and eighth grade in the fall, and have been LFNY students since pre-school. They were raised bilingually from birth with an English-speaking father and a Spanish-speaking mother. Their brains had clearly been primed for linguistic diversity, but neither had had a lick of French until the day they walked through the Lycée doors. They both picked up the new language well, but I noticed a subtle difference. Our younger daughter mastered the glottal R better and faster than our older daughter did, and even now, years later, still has a tiny edge in that small skill. The reason: the moment our older daughter began school, we all started moving through a more francophone world. We were surrounded by French speakers at parties, assemblies and school drop-offs. Although our younger daughter was only one year old at the time, she heard and absorbed it all.

“Linguistically,” wrote Patricia Kuhl, co-author of the book The Scientist in the Crib, “children start out as citizens of the world, but they don’t stay that way.” Maybe not, but the more they hear of other languages, the more they can grow up carrying the linguistic passports of at least a few other lands.

That pays big and often-unexpected dividends. At a multilingualism conference at the Lycée Français in 2012, research psychologist Ellen Bialystok of Toronto’s York University described what she called the common dog-chien problem, the challenge all bilingual people have of toggling between two words for every concept or object in their world. The challenge multiplies dramatically for tri- and quadri-lingual people. That takes brain muscle, but it also builds agility.

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Dr. Bialystok cites studies in which monolinguals and bilinguals take the famous Stroop test, a simple exercise in which the names of colors are flashed on a screen with the words spelled out either in those same colors (red spelled out in red, for example) or in different colors (red spelled out in blue, or yellow spelled out in green). When everything matches up properly, the brain encounters no discordance. But when you flash a word and ask people to call out the different color of the ink they see and ignore what the word is saying to them, they require a moment’s extra processing. Bilinguals consistently perform faster and more accurately than monolinguals. While the Stroop test is hardly a task you’re called upon to perform in the ordinary course of your day, thousands of other things you do may well require such rapid-fire processing, and bilinguals do it better.

Sean Lynch, who, before becoming head of school at the Lycée Français worked in another multilingual school in France, sees subtler, more humanistic advantages to learning more than one language. Young children, by nature, are narcissists, which at their age is a perfectly appropriate developmental stage. He says that the sooner they develop a more outer-directed sense of the world, however, the sooner they learn empathy, cooperation and all of the other, higher qualities of a social species. In this sense, language is a great equalizer and humbler. If you don’t have a monopoly on even something as simple as what the word for toy or ball or puppy is—if you realize that there are 6,800 other options out there represented by 6,800 other human languages—it becomes awfully hard to persist in the idea that your world view is the best one, much less the only one, and that is a powerful and vital step to maturity.

“The sooner children develop a more outer-directed sense of the world, the sooner they learn empathy.”

Multilingualism does have an early, short-term cost. Bilingual parents and children regularly exhibit what linguistic scholars call code-switching and what the rest of us call the curse of Spanglish or Franglais—mixing two languages in a single sentence. Parents may do it for simplicity’s sake, trying to get an idea across to a child and choosing, cafeteria-style, the simplest words from both languages to do it. Kids both pick up that practice from their parents and come by it on their own, since they don’t always know the right word in the language they’re speaking at any one moment.

Code-switching does, briefly, lead to confusion, to smaller and less precise vocabularies in both languages than kids would have if they were specializing in just one. But over time the problem tends to sort itself out and the multilingual children catch up and become dually fluent.

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And what of the late-life speakers? What of people who carry their prodigious language gifts with them to the age at which their other cognitive faculties begin falling? The hard truth is that nearly anyone who lives long enough will develop some form of dementia, whether it’s Alzheimer’s Disease or a milder variety. But the timing and severity of the conditions are not fixed and unchangeable. Dr. Bialystok cites studies in which bilinguals, on average, suffer the onset of age-related dementia 4.1 years later than monolinguals and full-blown Alzheimer’s 5.1 years later. Not everyone agrees that multilingualism alone can work that clarifying magic; it’s equally possible that any cognitive calisthenics, including adult education courses or merely working Sudoku puzzles can help. But others argue that multilingualism confers a benefit over and above all that.

That school of thought, according to Dr. Bialystok, “says the brains of multilinguals experience the same level of disease as monolinguals, but they cope with it better. They function at a higher level than they would otherwise be able to.”

For kids born straight into a two- or three-language household, multilingualism will come easily and automatically. For other kids, a bilingual school can provide a lift. And for parents—who struggle with homework in two or three languages, who sit through school assemblies picking up only the odd word from a tongue they may not speak, and, yes, who deal with the once-a-year sticker shock that comes from opening up the tuition bill—the road can be a long and hard one. But good things are rarely quick and easy. And great things—providing a child with cognitive, social and professional horizons that are far wider than they ever would have been otherwise—can make all of the toil and treasure worth it. A life with an additional language is nothing short of a life with an additional dimension.

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Photos by Pascal Kerbel.

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