Rêves d’ados

Une ancienne collègue pour laquelle j’ai beaucoup d’estime avait l’habitude de dire, en faisant rire ainsi ses élèves, leurs parents et le corps enseignant, que le collège est une période unique dans le parcours éducatif d’un élève pour une raison simple: celui-ci est on ne peut plus mignon au début et on ne peut plus effrayant à la fin. Bien entendu, elle plaisantait et son humour traduisait clairement une affection inconditionnelle pour les jeunes auxquels elle consacrait sa vie. Toujours est-il qu’à travers le choix de ses mots, elle faisait passer un message important au sujet de l’adolescence: ses rites de passage sont métamorphiques, et c’est le moins que l’on puisse dire!

Rire joyeux

Alors que j’écoutais le célèbre pédopsychiatre Marcel Rufo interagir avec un public captivé de parents et de professeurs dans l’auditorium de notre Centre culturel en décembre dernier, c’est cette remarque drôle et incisive qui m’est venue à l’esprit. Après tout, la conférence s’était intitulée «Crises de parents, crises d’ados» et le Dictionnaire Larousse définit le mot «crise» comme «un moment très difficile dans la vie de quelqu’un.» Pourtant, la salle a régulièrement éclaté de rire et pas avec le rire nerveux de personnes confrontées à un défi redoutable, mais plutôt avec le rire joyeux de ceux qui savent qu’ils ont en commun de participer à la même oeuvre d’amour, oeuvre dont les retombées sont des plus extraordinaires: celle d’élever des enfants.  

Comme l’a expliqué le professeur Rufo, qu’un adolescent semble bien dans sa peau, n’y change rien: tous ceux qui sont impliqués dans l’éducation de personnes en devenir doivent comprendre et accepter que les changements physiologiques et autres par lesquels passent les adolescents signifient que leur enthousiasme pour la vie et l’idéalisme qu’ils projettent sur le monde seront toujours mâtinés d’un degré de doute de soi, ainsi que d’un besoin d’estime de soi. Pour nous, parents et enseignants qui avons la charge de ces jeunes personnes, Marcel Rufo a répété que nos rôles sont relativement limpides: nous devons être en «alliance» les uns avec les autres pour assumer au mieux une fonction de «supporters» de nos adolescents. En ce faisant, nous pourrons construire ensemble cette confiance en soi qu’ils requièrent et méritent, eux qui sont aux prises avec ce sempiternel dilemme de développer leur propre individualité en même temps qu’ils s’adaptent aux exigences de la vie en société. «Comment être singulier et conforme aux autres?» selon les mots de notre invité renommé.

«Ne pas avoir peur de soi»

De toute évidence, c’est aussi à cette dimension de l’aventure humaine que nos merveilleux élèves de troisième et de seconde réfléchissent, comme l’ont montré les interrogations perspicaces et enthousiastes qu’ils ont pu partager avec le Professeur Rufo lors de la rencontre de deux heures que nous avons spécialement organisée pour eux aussi en décembre. Tout de suite à l’aise avec notre intervenant pédopsychiatre, dont la capacité à communiquer était remarquable à voir, ces filles et garçons ont posé des questions sur tout, avec un thème particulièrement récurrent: comment devenir soi-même malgré les pressions de son environnement. «Comment réussir à ne pas avoir peur de soi?» était l’une de leurs interrogations courageuses. «Comment surmonter l’image que les autres ont de nous?» en était une autre.

Il n’y a pas de réponse standard à de si belles questions, mais Marcel Rufo a souligné un fait essentiel les concernant: il est impératif que les adolescents puissent exprimer et explorer ces interrogations absolument naturelles et intrinsèquement positives et que les parents et les enseignants puissent également les entendre et les valoriser. Comme l’un de nos élèves de seconde me l’a dit alors que nous sortions ensemble de l’auditorium, j’ai VRAIMENT aimé cette rencontre avec le Professeur Rufo, Monsieur Lynch. Nous travaillons dur, comme vous le savez, m’a-t-il affirmé avec un sourire. Et nous apprécions VRAIMENT que l’école soit sensible à tout ce nous arrive par ailleurs. Merci beaucoup de me le dire, lui ai-je répondu, tout en rajoutant: quand vous en aurez l’occasion, s’il vous plaît, dites-le aussi à Madame Richard, Madame Anton et Madame Stafford; c’est grâce à elles que cet évènement a pu avoir lieu.*

*Respectivement Directrices du Centre Culturel, de l’Enrichissement académique et du Support spécialisé au LFNY.

A former colleague and lifelong principal whom I hold in the highest esteem often used to say, and in so doing make her students, parents and fellow educators laugh, that middle school is a special period in the educational trajectory of any child because he or she is as cute as can be at the start of it and as scary as can be by the end of it. Of course, she was joking and her humor was full of unconditional affection for the young people to whom she passionately devoted her career. Through her choice of words, however, she was also conveying an important message about adolescence: its rites of passage are metamorphic, to say the least!

Joyful laughter

Listening to the renowned child psychiatrist Marcel Rufo interact with a rapt audience of LFNY parents and faculty in our Cultural Center auditorium last December, it was this pithy insight which first came to mind. After all, the event had been entitled “Crises de parents, crises d’ados” and the Larousse Dictionary defines the word “crisis” as “un moment très difficile dans la vie de quelqu’un.” Yet the room was repeatedly filled with laughter, not the nervous laughter of people faced with a daunting challenge, but the joyful laughter of people realizing that they are all engaged in the same labor of love, one whose fruits are extraordinary: raising children.

As Professor Rufo explained, no matter how good a young person in his or her teens may feel about himself or herself, a key responsibility for anyone involved in the education of adolescents is understanding and accepting that the physiological and related changes which teenagers experience mean that their excitement about life and their idealism about the world will always be mixed with a degree of self-doubt and a need for self-esteem. For parents and teachers, Marcel Rufo affirmed, our roles are straightforward: to be in “alliance” with each other as  “supporters” of the young people in our care, building in unison the confidence which adolescents require as they grapple with that eternal question of developing their own individuality, while at the same time contending with the adaptations which society entails. “Comment être singulier et conforme aux autres?” in the words of our acclaimed guest.

How to become oneself despite the pressures of one’s surroundings

It is definitely this dimension of the human adventure which our wonderful ninth and tenth graders have on their minds, as was evident from the highly thoughtful and enthusiastic queries they posed to Professor Rufo in the special two-hour session we organized for them this past December too. Immediately at ease with our visiting child psychiatrist, whose powers of communication were remarkable to behold, our students asked questions about all aspects of life, with one strikingly recurrent theme: how to become oneself despite the pressures of one’s surroundings. “Comment réussir à ne pas avoir peur de soi?” was one brave reflection. “Comment surmonter l’image que les autres ont de nous?” was another.

There is no generalizable answer to such marvellous questions, but Marcel Rufo did make one point abundantly clear: they are entirely natural and innately positive, both for adolescents to express and explore and for parents and educators to hear and encourage. As one of our Seconde students shared as we exited the auditorium together, I REALLY liked meeting Marcel Rufo, Mr. Lynch. We work really hard, as you know, he said with a smile. And we REALLY appreciate that school is aware of everything else we are going through as well. Thank you very much, I replied, adding: when you have a chance, please tell Madame Richard, Madame Anton and Madame Stafford. They made it all happen.*

*Respectively Directors of the Cultural Center, Academic Enrichment and Specialized Support at the LFNY.

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Sean Lynch

Proviseur / Head of School

seanlynch
Holding both French and American nationalities, educated in France (Sciences Po Paris) and the United States (Yale), and as the proud husband of a French-American spouse and father of two French-American daughters, Sean Lynch has spent his entire professional and personal life at the junction between the languages, cultures and educational systems of France and the United States. He has been Head of School at the Lycée Français de New York since July 2011, after having spent 15 years at another French bilingual school outside of Paris: the Lycée International de St. Germain-en-Laye. In addition to being passionate about education, he loves everything related to the mountains, particularly the Parc National du Mercantour.

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