Sept conseils pratiques pour élever un enfant bilingue

En tant que Directrice d’une école primaire française à l’étranger et compte-tenu du fait que le langage est au cœur des apprentissages à ce niveau de la scolarité, je suis quotidiennement confrontée à cette question fondamentale: quels sont les facteurs qui influencent positivement un solide développement langagier bilingue chez l’enfant?

Par développement langagier bilingue, j’entends ici la somme des compétences (maîtrise du vocabulaire, de la syntaxe, mais aussi de l’articulation, ou bien encore des connaissances culturelles) qui soutiennent la capacité à s’exprimer et à se faire comprendre oralement et par écrit dans deux langues différentes dans la vie de tous les jours.

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Pas de bilinguisme sans une exposition prolongée, fréquente et motivante dans les deux langues ciblées grâce à la fréquentation de locuteurs natifs.

Au risque de souligner une évidence, je dirais que le facteur déterminant est relatif aux expériences langagières de l’enfant. Pas de bilinguisme sans une exposition prolongée, fréquente et motivante dans les deux langues ciblées grâce à la fréquentation de locuteurs natifs.

Afin de devenir bilingue, un enfant a besoin d’expérimenter toutes les dimensions du langage (écouter et parler, lire et écrire) dans les deux langues et dans des contextes motivants, porteurs de sens et rassurants sur les plans affectif et émotionnel.

Conditions favorables et moins favorables

Certaines familles créent naturellement ces conditions favorables : par exemple lorsque les deux parents sont présents dans la vie de leur enfant et que chacun lui parle dans une langue différente. Ou encore lorsque l’enfant est scolarisé dans une langue et que la langue de la famille est différente. Ces exemples mènent souvent à un développement harmonieux du bilinguisme.

Si la rareté des conversations avec l’enfant est un frein à son développement langagier, un flot continu de parole venant des parents ne constitue pas non plus une exposition favorable.

D’autres situations familiales peuvent avoir un effet moins positif sur le développement bilingue de l’enfant. Par exemple, lorsque l’enfant est scolarisé dans la langue de l’environnement et qu’il n’est mis en présence de la langue familiale que très peu de temps chaque jour après une longue journée à l’école ; ou encore lorsque la deuxième langue est parlée par un des parents qui pour une raison ou une autre n’est pas assez présent dans la vie de l’enfant.

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Le bilinguisme nécessite un engagement de tous les moments et beaucoup de persévérance afin d’atteindre un objectif éloigné dans le temps.

Outre la rareté des interactions verbales, dans certaines familles les échanges sont aussi parfois trop pauvres et/ou inadéquats, entraînant une exposition langagière insuffisante en qualité et par conséquent un étayage de la langue médiocre qui n’aboutira pas à des compétences solides. Et si la rareté des conversations avec l’enfant est un frein à son développement langagier, un flot continu de parole venant des parents ne constitue pas une exposition favorable non plus : parler à son enfant n’est pas la même chose que de parler avec son enfant car cela ne stimule pas le même niveau d’engagement et par conséquence, de progrès.

Conseils pratiques

En fait, l’étayage langagier est soutenu lorsque les parents ont des conversations qui répondent à certains critères :

– Le niveau de langue de l’adulte n’est pas trop complexe pour l’enfant.

– L’adulte reformule ce que dit l’enfant lorsqu’il essaie de communiquer : ex : « moi aller à la maison », « oui, il est l’heure de rentrer à la maison ».

– L’adulte pose beaucoup de questions ouvertes plutôt que des questions auxquelles on  peut répondre par “oui” ou par “non”.

– L’adulte stimule et soutient les tentatives d’expression de l’enfant en l’encourageant et en manifestant son approbation.

– L’adulte valorise la contribution de l’enfant.

– L’adulte manifeste une écoute attentive aux propos de l’enfant.

– L’adulte fait référence aux objets en les montrant afin d’aider à la compréhension et à la mémorisation des mots. Il soutient ses propos avec des gestes et des expressions sur son visage.

Les situations les moins favorables demandent des efforts considérables, une attention particulière ainsi qu’une bonne dose de planification.

Soutenir l’acquisition d’une deuxième langue signifie parfois mettre en place un dispositif très rigoureux dans lequel la famille doit réfléchir à : comment, quand et où l’enfant est exposé à chacune de ses deux langues. Cela permettra d’adopter une stratégie adaptée pour rétablir l’équilibre de l’exposition langagière en quantité et surtout en qualité.

On peut donc affirmer que les situations les moins favorables demandent des efforts considérables, une attention particulière ainsi qu’une bonne dose de planification.

world-1Le bilinguisme demande beaucoup de motivation et une attitude positive de la part des parents. Sous certaines circonstances, il nécessite un engagement de tous les moments et beaucoup de persévérance afin d’atteindre un objectif éloigné dans le temps. Souvent il faut énormément de patience pour résister à l’erreur d’espérer beaucoup, trop tôt.

Des compétences en constant changement

De plus, les compétences bilingues des enfants ne sont pas figées et changeront constamment. Elles varieront dans une langue ou l’autre en fonction de facteurs divers tels que le lieu géographique de vie, le cadre social, le développement d’amitiés nouvelles ou les changements dans la famille tels qu’une naissance, un décès ou un divorce. Il faudra donc aussi accompagner les changements dans la vie de l’enfant en mettant en place des stratégies adaptées pour maintenir une exposition équilibrée en quantité et en qualité dans les deux langues.

En conclusion, dans certaines situations il est très facile d’élever un enfant bilingue, dans d’autres cas cela demande beaucoup plus d’investissement. Se renseigner sur les conditions favorables est sans doute le premier pas dans cette formidable aventure.

Language is at the heart of learning in primary school, and as the director of a French school abroad, I am often asked a fundamental question: what are the essential factors that support the solid development of both languages in bilingual children?

Though it may seem obvious, one of the key factors is the linguistic experience of the child. A child will not be bilingual without a prolonged, frequent and motivating experience in both languages.

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In order to become bilingual, children need to experience the many dimensions of both languages in a motivating, reassuring environment  that makes sense to them.

In order to become bilingual, children need to experience the many dimensions of language (listening, speaking, reading and writing) in both languages in a motivating, reassuring environment  that makes sense to them.

Different situations, different challenges

Some families create this environment quite naturally, such as when two parents are present in their child’s life, and each one speaks to the child in one of the two languages. When a child is schooled in one language, but the language at home is different, she or he will generally develop bilingualism in a harmonious, fluid  way.

When the second language is spoken by one parent, who for any number of reasons may not be a daily presence in the life of the child, building bilingualism is also harder.

Other situations may make this effort harder. When a child is schooled in the language of the local environment, but, after a long day at school, goes home to minimal exposure to the family language, second language acquisition can be more difficult. When the second language is spoken by one parent, who for any number of reasons may not be a daily presence in the life of the child, building bilingualism is also harder.

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Bilingualism requires tremendous patience to resist the urge to hope for too much, too soon.

In addition, in homes where there is very little verbal interaction in the second language, such as in a family where there is not a lot of communication, the child may not have enough exposure to the second language, and it may not be reinforced. Conversation is essential here. In other words, speaking to a child in the language is not the same as speaking with a child in the language, because it is not stimulating the same level of engagement and, therefore, progress.

However, strengthening of language does happen when parents or adults close the child converse with their children in these ways:

– Speak at a level that is not too complex

– Reformulate (not correct) what a child has said, eg: “We going to the house.” “Yes, we are going home.”

– Ask open-ended questions rather than “yes” or “no” ones

– Stimulate and support children’s efforts to express themselves with encouragement and approval

– Validate children’s contributions

– Listen carefully to the child

– Reference objects or gestures when speaking to the child to help with comprehension and vocabulary. Support words with gestures and facial expressions.

Supporting language acquisition in a second language may mean putting in place careful plans in a family that take into consideration how and when the child is exposed to which language.

Supporting language acquisition in a second language may mean putting in place careful plans in a family that take into consideration how and when the child is exposed to which language. This helps the child to adapt an equilibrium of exposure to each language, and especially to the quality of each language.

world-1Bilingual competencies in children change over time

Bilingualism demands a lot of motivation and a positive attitude from parents. In some cases, it may mean extra effort and perseverance to help a child reach a certain language goal over time. It also requires tremendous patience to resist the urge to hope for too much, too soon for each child.

Parents should remember that bilingual competencies in children change over time. They vary in each language depending on where you live, your social environment, development of new friends, or even changes in the family such as a birth, death or divorce.  It is important to accompany life changes with strategies adapted to each situation as they evolve to help maintain an equilibrium of quality and quantity in each language.

In short, in some cases it is really very easy to raise a bilingual child, and others demand much more of an investment in time and care. Looking into how to create the most favorable conditions for language acquisition  is certainly a good first step.

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Vannina Boussouf

Head of Primary School

vboussouf
Head of the Primary School at the Lycée Francais de New York since 2007, Vannina Boussouf has taught at almost all levels of elementary school. She has also held different functions within many schools in France and taught French for one year at the International School of Louisiana.

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