Le club traduction incarne notre bilinguisme

 

Au club de traduction du Lycée, nous ne faisons pas que de la simple transposition, nous nous exprimons à travers elle. Nous exprimons notre amour de nos deux langues, du texte que nous étudions et de la traduction–et nous profitons de tout ceci pour apprendre.

Traduction: “Action de transposer dans une autre langue ce qui a été énoncé dans une autre, tout en conservant les équivalences sémantiques et stylistiques.

Mais aussi,

Traduction: “Manière d’exprimer, de manifester quelque chose.

Au club de traduction du Lycée, nous ne faisons pas que de la simple transposition, nous nous exprimons à travers elle. Nous exprimons notre amour de nos deux langues, du texte que nous étudions et de la traduction–et nous profitons de tout ceci pour apprendre.

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Le club traduction, ici, en 2013, se réunit chaque semaine autour d’une oeuvre ou d’un texte à traduire.

Au cours de l’année, nous avons traduit Eveline (voir extraits de traductions ci-dessous), nouvelle qui fait partie de Dubliners (1914), recueil de l’illustre auteur irlandais James Joyce. Comme son nom l’indique, l’histoire se déroule à Dublin, ville d’ailleurs devenue synonyme de Joyce. Les quinze nouvelles comprises dans cet ouvrage sont toutes des représentations réalistes et naturalistes de la vie des Dubliners, des Dublinois, peuple qui a fasciné et inspiré Joyce tout au long de sa vie.

Tenir compte du style et du sens

Eveline, l’héroïne éponyme de notre nouvelle, est bien sûr une de ces Dubliners. Pauvre jeune femme qui n’a pas la vingtaine, elle vit une vie malheureuse dans laquelle elle est maltraitée par son père et son patron, et où sa mère et son frère sont tous les deux morts. Elle rêve d’une vie contente, joyeuse, et libre–elle rêve de Frank, un matelot qui lui promet une aventure sur les flots. Joyce raconte l’histoire du déchirement intérieur d’Eveline, qui doit choisir entre la vie triste mais familière de Dublin et l’aventure palpitante mais inconnue de Frank.

Pour traduire cette nouvelle, nous procédons de la façon suivante. D’abord, un élève lit quelques paragraphes de la nouvelle dans son Anglais original. Ensuite, on propose des traductions phrase par phrase, groupe de mots par groupe de mots. Quelquefois, elles sont acceptées immédiatement, sans débat. Mais, la plupart du temps, nous avons un choix à faire entre plusieurs synonymes en tenant compte du style (est-ce que la traduction sonne bien en français ?) et du sens (Est-ce qu’elle veut dire quelque chose ?).

Débats longs et animés

Les débats se forment lorsqu’il faut traduire des passages qui ont des nuances compliquées, des expressions obscures ou plusieurs interprétations possibles. Nous voulons trouver une traduction pure, qui respecte le texte original aussi bien que possible, ce qui est difficile surtout parce que le Français ne se prête pas nécessairement à la langue peu conventionnelle de Joyce. C’est ainsi en poursuivant ce but que nous nous livrons à des débats longs et animés mais toujours intéressants qui m’ont rendu plus sensible aux nuances et interprétations que nous étudions et qui m’ont fait mieux apprécier Eveline.

Enfin, lorsque que nous avons notre traduction, nous faisons trois choses avec. D’abord, bien sûr, nous les mettons en ligne ici pour vous ! Puisque Dubliners est au programme des Terminales, nous en avons fait une lecture très bien reçue dans deux classes d’anglais. Nous avons aussi comparé notre traduction à une “vraie” traduction publiée, ce qui était intéressant.

Pour conclure, cette année au club de traduction a été très amusante. Les sandwichs et les cookies y sont toujours bons, les profs sont toujours gentils, j’ai amélioré mes deux langues et j’ai bien sûr découvert un très beau texte. Je trouve que ce club unique m’a vraiment fait profiter au maximum de mon environnement bilingue et qu’il traduit à merveille tout ses avantages.

Traduction d’un passage d’Eveline, du recueil Dubliners de James Joyce.

ENGLISH

SHE sat at the window watching the evening invade the avenue. Her head was leaned against the window curtains and in her nostrils was the odour of dusty cretonne. She was tired.

Few people passed. The man out of the last house passed on his way home; she heard his footsteps clacking along the concrete pavement and afterwards crunching on the cinder path before the new red houses. One time there used to be a field there in which they used to play every evening with other people’s children. Then a man from Belfast bought the field and built houses in it–not like their little brown houses but bright brick houses with shining roofs. The children of the avenue used to play together in that field –the Devines, the Waters, the Dunns, little Keogh the cripple, she and her brothers and sisters. Ernest, however, never played: he was too grown up. Her father used often to hunt them in out of the field with his blackthorn stick; but usually little Keogh used to keep nix and call out when he saw her father coming. Still they seemed to have been rather happy then. Her father was not so bad then; and besides, her mother was alive. That was a long time ago; she and her brothers and sisters were all grown up her mother was dead. Tizzie Dunn was dead, too, and the Waters had gone back to England. Everything changes. Now she was going to go away like the others, to leave her home.

FRENCH

Elle était assise à la fenêtre à regarder le soir envahir l’avenue. Sa tête était appuyée contre les rideaux et dans ses narines elle avait l’odeur de la cretonne poussiéreuse. Elle était fatiguée.

Peu de gens passaient. L’homme qui habitait la dernière maison passa devant chez elle en rentrant chez lui; elle entendait ses pas qui claquaient le long du trottoir cimenté puis qui crissaient sur le chemin cendré devant les nouvelles maisons rouges. A l’epoque, il y avait un champ là où ils jouaient avec les enfants des autres familles. Puis un homme de Belfast acheta le champ et y construisit des maisons–pas comme leurs petites maisons brunes, mais des maisons en briques rouge vif aux toits brillants. Les enfants de l’avenue avaient l’habitude de jouer ensemble dans ce champ, les Devine, les Water, les Dunn, le petit Keogh le boiteux, elle et ses frères et sœurs. Ernest, néanmoins, ne jouait jamais : il n’avait plus l’âge. Souvent son père les faisait sortir du champ en les pourchassant avec sa canne en bois d’épine noire mais d’habitude le petit Keogh faisait le guet et les prévenait quand il voyait son père arriver. Tout de même ils semblaient avoir été plutôt heureux alors. Son père n’allait pas si mal, et d’ailleurs sa mère était en vie. C’était il y a longtemps; elle et ses frères et sœurs étaient grands maintenant; sa mère était morte. Tizzie Dunn était morte, elle aussi, et les Water étaient rentrés en Angleterre. Tout change. Maintenant elle allait partir comme les autres, partir de chez elle.

ENGLISH

She stood among the swaying crowd in the station at the North Wall. He held her hand and she knew that he was speaking to her, saying something about the passage over and over again. The station was full of soldiers with brown baggages. Through the wide doors of the sheds she caught a glimpse of the black mass of the boat, lying in beside the quay wall, with illumined portholes. She answered nothing. She felt her cheek pale and cold and, out of a maze of distress, she prayed to God to direct her, to show her what was her duty. The boat blew a long mournful whistle into the mist.

If she went, tomorrow she would be on the sea with Frank, steaming towards Buenos Ayres. Their passage had been booked.

Could she still draw back after all he had done for her? Her distress awoke a nausea in her body and she kept moving her lips in silent fervent prayer.

A bell clanged upon her heart. She felt him seize her hand: “Come!”

All the seas of the world tumbled about her heart. He was drawing her into them: he would drown her. She gripped with both hands at the iron railing.

“Come!”

No! No! No! It was impossible. Her hands clutched the iron in frenzy. Amid the seas she sent a cry of anguish.

“Eveline! Evvy!”

FRENCH

Elle se tenait au milieu du mouvement de la foule à la station de North Wall. Il tenait sa main et elle savait qu’il était en train de lui parler, qu’il lui disait et redisait quelque chose à propos de la traversée. La station était pleine de soldats avec des bagages marron. A travers les larges portes des hangars, elle aperçut la masse noire du bateau le long du mur du quai avec ses hublots illuminés. Elle ne repondit rien. Elle sentit le froid et la paleur de sa joue et dans l’égarement de sa détresse elle pria Dieu de la guider, de lui montrer quel était son devoir. Le bateau fit retentir sa longue sirène plaintive dans la brume.

Si elle partait, demain elle serait en mer avec Frank, dans le vapeur qui l’emporterait vers Buenos Aires. Leur traversée avait été réservée.

Pouvait-elle encore se retirer après tout ce qu’il avait fait pour elle ? Sa détresse réveilla la nausée dans son corps et elle continua a remuer les lèvres en silence dans une prière fervente.

Le bruit d’une cloche la frappa au coeur. Elle sentit qu’il saisissait sa main : “Viens!”

Toutes les mers du monde se précipitaient sur son coeur. Il l’attirait vers le fond. ; il la noierait. Elle s’agrippa des deux mains à la rambarde en fer.

“Viens!”

Non ! non ! non ! C’était impossible. Ses mains s’accrochaient frénétiquement au fer. Parmi les mers elle envoya un cri d’angoisse .

“Eveline ! Evvy!”

Lire le point de vue d’un élève anglophone sur le Club Traduction.

The Translation Club is not just about transposition of words, it’s about expressing oneself. We express our love for the two languages, for the text that we are studying and for the translation work. And we take this as a learning opportunity.

Traduction: “Action de transposer dans une autre langue ce qui a été énoncé dans une autre, tout en conservant les équivalences sémantiques et stylistiques.

Mais aussi,

Traduction: “Manière d’exprimer, de manifester quelque chose.

Au club de traduction du Lycée, nous ne faisons pas que de la simple transposition, nous nous exprimons à travers elle. Nous exprimons notre amour de nos deux langues, du texte que nous étudions et de la traduction–et nous profitons de tout ceci pour apprendre.

9X7A0008

Le club traduction, ici, en 2013, se réunit chaque semaine autour d’une oeuvre ou d’un texte à traduire.

Au cours de l’année, nous avons traduit Eveline (voir extraits de traductions ci-dessous), nouvelle qui fait partie de Dubliners (1914), recueil de l’illustre auteur irlandais James Joyce. Comme son nom l’indique, l’histoire se déroule à Dublin, ville d’ailleurs devenue synonyme de Joyce. Les quinze nouvelles comprises dans cet ouvrage sont toutes des représentations réalistes et naturalistes de la vie des Dubliners, des Dublinois, peuple qui a fasciné et inspiré Joyce tout au long de sa vie.

Tenir compte du style et du sens

Eveline, l’héroïne éponyme de notre nouvelle, est bien sûr une de ces Dubliners. Pauvre jeune femme qui n’a pas la vingtaine, elle vit une vie malheureuse dans laquelle elle est maltraitée par son père et son patron, et où sa mère et son frère sont tous les deux morts. Elle rêve d’une vie contente, joyeuse, et libre–elle rêve de Frank, un matelot qui lui promet une aventure sur les flots. Joyce raconte l’histoire du déchirement intérieur d’Eveline, qui doit choisir entre la vie triste mais familière de Dublin et l’aventure palpitante mais inconnue de Frank.

Pour traduire cette nouvelle, nous procédons de la façon suivante. D’abord, un élève lit quelques paragraphes de la nouvelle dans son Anglais original. Ensuite, on propose des traductions phrase par phrase, groupe de mots par groupe de mots. Quelquefois, elles sont acceptées immédiatement, sans débat. Mais, la plupart du temps, nous avons un choix à faire entre plusieurs synonymes en tenant compte du style (est-ce que la traduction sonne bien en français ?) et du sens (Est-ce qu’elle veut dire quelque chose ?).

Débats longs et animés

Les débats se forment lorsqu’il faut traduire des passages qui ont des nuances compliquées, des expressions obscures ou plusieurs interprétations possibles. Nous voulons trouver une traduction pure, qui respecte le texte original aussi bien que possible, ce qui est difficile surtout parce que le Français ne se prête pas nécessairement à la langue peu conventionnelle de Joyce. C’est ainsi en poursuivant ce but que nous nous livrons à des débats longs et animés mais toujours intéressants qui m’ont rendu plus sensible aux nuances et interprétations que nous étudions et qui m’ont fait mieux apprécier Eveline.

Enfin, lorsque que nous avons notre traduction, nous faisons trois choses avec. D’abord, bien sûr, nous les mettons en ligne ici pour vous ! Puisque Dubliners est au programme des Terminales, nous en avons fait une lecture très bien reçue dans deux classes d’anglais. Nous avons aussi comparé notre traduction à une “vraie” traduction publiée, ce qui était intéressant.

Pour conclure, cette année au club de traduction a été très amusante. Les sandwichs et les cookies y sont toujours bons, les profs sont toujours gentils, j’ai amélioré mes deux langues et j’ai bien sûr découvert un très beau texte. Je trouve que ce club unique m’a vraiment fait profiter au maximum de mon environnement bilingue et qu’il traduit à merveille tout ses avantages.

Traduction d’un passage d’Eveline, du recueil Dubliners de James Joyce.

ENGLISH

SHE sat at the window watching the evening invade the avenue. Her head was leaned against the window curtains and in her nostrils was the odour of dusty cretonne. She was tired.

Few people passed. The man out of the last house passed on his way home; she heard his footsteps clacking along the concrete pavement and afterwards crunching on the cinder path before the new red houses. One time there used to be a field there in which they used to play every evening with other people’s children. Then a man from Belfast bought the field and built houses in it–not like their little brown houses but bright brick houses with shining roofs. The children of the avenue used to play together in that field –the Devines, the Waters, the Dunns, little Keogh the cripple, she and her brothers and sisters. Ernest, however, never played: he was too grown up. Her father used often to hunt them in out of the field with his blackthorn stick; but usually little Keogh used to keep nix and call out when he saw her father coming. Still they seemed to have been rather happy then. Her father was not so bad then; and besides, her mother was alive. That was a long time ago; she and her brothers and sisters were all grown up her mother was dead. Tizzie Dunn was dead, too, and the Waters had gone back to England. Everything changes. Now she was going to go away like the others, to leave her home.

FRENCH

Elle était assise à la fenêtre à regarder le soir envahir l’avenue. Sa tête était appuyée contre les rideaux et dans ses narines elle avait l’odeur de la cretonne poussiéreuse. Elle était fatiguée.

Peu de gens passaient. L’homme qui habitait la dernière maison passa devant chez elle en rentrant chez lui; elle entendait ses pas qui claquaient le long du trottoir cimenté puis qui crissaient sur le chemin cendré devant les nouvelles maisons rouges. A l’epoque, il y avait un champ là où ils jouaient avec les enfants des autres familles. Puis un homme de Belfast acheta le champ et y construisit des maisons–pas comme leurs petites maisons brunes, mais des maisons en briques rouge vif aux toits brillants. Les enfants de l’avenue avaient l’habitude de jouer ensemble dans ce champ, les Devine, les Water, les Dunn, le petit Keogh le boiteux, elle et ses frères et sœurs. Ernest, néanmoins, ne jouait jamais : il n’avait plus l’âge. Souvent son père les faisait sortir du champ en les pourchassant avec sa canne en bois d’épine noire mais d’habitude le petit Keogh faisait le guet et les prévenait quand il voyait son père arriver. Tout de même ils semblaient avoir été plutôt heureux alors. Son père n’allait pas si mal, et d’ailleurs sa mère était en vie. C’était il y a longtemps; elle et ses frères et sœurs étaient grands maintenant; sa mère était morte. Tizzie Dunn était morte, elle aussi, et les Water étaient rentrés en Angleterre. Tout change. Maintenant elle allait partir comme les autres, partir de chez elle.

ENGLISH

She stood among the swaying crowd in the station at the North Wall. He held her hand and she knew that he was speaking to her, saying something about the passage over and over again. The station was full of soldiers with brown baggages. Through the wide doors of the sheds she caught a glimpse of the black mass of the boat, lying in beside the quay wall, with illumined portholes. She answered nothing. She felt her cheek pale and cold and, out of a maze of distress, she prayed to God to direct her, to show her what was her duty. The boat blew a long mournful whistle into the mist.

If she went, tomorrow she would be on the sea with Frank, steaming towards Buenos Ayres. Their passage had been booked.

Could she still draw back after all he had done for her? Her distress awoke a nausea in her body and she kept moving her lips in silent fervent prayer.

A bell clanged upon her heart. She felt him seize her hand: “Come!”

All the seas of the world tumbled about her heart. He was drawing her into them: he would drown her. She gripped with both hands at the iron railing.

“Come!”

No! No! No! It was impossible. Her hands clutched the iron in frenzy. Amid the seas she sent a cry of anguish.

“Eveline! Evvy!”

FRENCH

Elle se tenait au milieu du mouvement de la foule à la station de North Wall. Il tenait sa main et elle savait qu’il était en train de lui parler, qu’il lui disait et redisait quelque chose à propos de la traversée. La station était pleine de soldats avec des bagages marron. A travers les larges portes des hangars, elle aperçut la masse noire du bateau le long du mur du quai avec ses hublots illuminés. Elle ne repondit rien. Elle sentit le froid et la paleur de sa joue et dans l’égarement de sa détresse elle pria Dieu de la guider, de lui montrer quel était son devoir. Le bateau fit retentir sa longue sirène plaintive dans la brume.

Si elle partait, demain elle serait en mer avec Frank, dans le vapeur qui l’emporterait vers Buenos Aires. Leur traversée avait été réservée.

Pouvait-elle encore se retirer après tout ce qu’il avait fait pour elle ? Sa détresse réveilla la nausée dans son corps et elle continua a remuer les lèvres en silence dans une prière fervente.

Le bruit d’une cloche la frappa au coeur. Elle sentit qu’il saisissait sa main : “Viens!”

Toutes les mers du monde se précipitaient sur son coeur. Il l’attirait vers le fond. ; il la noierait. Elle s’agrippa des deux mains à la rambarde en fer.

“Viens!”

Non ! non ! non ! C’était impossible. Ses mains s’accrochaient frénétiquement au fer. Parmi les mers elle envoya un cri d’angoisse .

“Eveline ! Evvy!”

Lire le point de vue d’un élève anglophone sur le Club Traduction.

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