Inventer pour apprendre

Suite à l’annonce de notre projet d’établissement au mois de janvier, élèves, professeurs et familles ont été très enthousiasmés par l’espace de création ou «makerspace» que nous allons bientôt construire pour nos écoles primaire et secondaire. Ceux qui sont déjà familiers avec le concept de fabrication ou «making», souvent parce qu’ils l’ont découvert lors d’une visite au festival ou “makerfaire” qui se déroule chaque automne au New York Hall of Science (NYHOS), sont ravis de savoir que notre établissement ouvrira un atelier visant à développer une créativité particulièrement adaptée aux défis et aux opportunités du 21ème siècle.

Pour ceux qui rencontrent l’idée de «makerspace» pour la première fois, quelques explications sont nécessaires, mais ils se rendent rapidement compte du rôle essentiel que cet espace jouera dans l’avancement de nos priorités éducatives pendant les cinq prochaines années, notamment celle de veiller à ce que tous nos élèves, et pas seulement ceux qui choisissent la filière “S” du baccalauréat français, soient préparés à réussir dans un monde où la science, la technologie, l’ingénierie, les arts et les math seront omniprésents.

Des “alphabites” ont été créées grâce à l’imprimante 3D du Lycée Français, qui se trouve actuellement dans la bibliothèque du primaire, mais qui se situera plus tard dans notre «makerspace.» Ce puzzle composé de lettres de l’alphabet a été réalisé par un élève de 3e, Léo D. et l’enseignante d’ESL en primaire, Gretchen Schell, pour répondre aux besoins d’une enseignante d’anglais du Lycée Jean Baptiste Pointe du Sable en Haïti, partenaire depuis quatre ans du LFNY. (Crédits: Young Kim)

Vous trouverez ci-dessous des réponses à quelques-unes des questions que les membres de notre communauté ont le plus fréquemment posées ces dernières semaines, y compris quelques réflexions fort inspirantes de la part d’un brillant élève de Terminale au LFNY, Ben K. En plus d’exceller dans notre établissement, Ben travaille également à mi-temps au NYHOS pour le plus grand plaisir, j’en suis certain, de nombreux jeunes inventeurs de notre ville.

Qu’est-ce qu’un espace de création dit «makerspace»?

L’une des définitions les plus simples est celle donnée par la «Maker Education Initiative», une organisation à but non-lucratif fondée en 2012 par Dale Dougherty. Dougherty a posé les deux fondations du «maker movement» qui s’est développé aux États-Unis au cours de la dernière décennie: Maker Magazine, lancé en 2005 ; et le «plus grand festival du ‘créer soi-même’» ou «MakerFaire,» initié dans la baie de San Francisco en 2006 (voir ci-dessous «We are Makers,» le discours TED de Dougherty).

D’après la charte de Makered, un «makerspace» est un endroit «où … des ‘makers’ débutants ou expérimentés», autrement dit ceux qui imaginent quelque chose et puis transforment cette idée en un objet concret, «travaillent sur des projets réels de leur choix, aidés par des conseillers efficaces et experts, utilisant à la fois des nouvelles technologies et des outils traditionnels.» NB. Ces technologies et outils peuvent varier d’un «makerspace» à un autre, mais comprennent généralement des moyens de fabrication qui vont de la machine à coudre, au fer à souder, au tour à bois, au logiciel de graphisme à l’imprimante 3D à la machine de découpage au laser.

Mais aussi séduisante soit elle, cette liste ne représente pas l’essentiel. Comme l’explique notre élève de Terminale Ben K. , «Un ‘makerspace’ est un endroit où les gens ont l’espace, les ressources et l’environnement dont ils ont besoin pour faire ce qu’ils veulent. Les outils viennent en second lieu, après un espace où les gens peuvent créer, et parler de ‘making’. Puisque nous vivons à New York oú les garages et les jardins sont rares, je pense que c’est l’espace nécessaire pour fabriquer des choses et entreposer les projets en cour qui est l’aspect le plus déterminant d’un ‘makerspace.’»

Quelle est la philosophie pédagogique derrière un makerspace?

Des deux côtés de l’Atlantique, que ce soit Jean Piaget en Suisse ou John Dewey aux États-Unis, les philosophes de l’éducation ont depuis longtemps souligné l’intérêt primordial de l’apprentissage par la pratique. Pour Piaget, «comprendre, c’est inventer,» c’est-à-dire que la compréhension la plus profonde que nous pouvons acquérir est celle que nous construisons par nous-même. Ou, comme l’affirme Dewey dans son ouvrage Démocratie et éducation publié en 1916, «donnons aux élèves quelque chose à faire, et non pas quelque chose à apprendre, et si faire demande de la réflexion, l’apprentissage suivra.»

Les arguments les plus convaincants en faveur d’un programme de «making» sont peut-être ceux formulés par l’un des grands pionniers de cette éducation qui intègre science, technologie, ingénierie, art et mathématiques, le professeur Seymour Papert du MIT, dont la recherche a démontré la valeur extraordinaire de cultiver une pensée créative chez un élève, mais aussi le fait que cette valeur est autrement plus impressionnante et durable «quand nous franchissons l’étape supplémentaire de l’action». Pour Papert, «bien que l’apprentissage se fasse dans la tête de l’apprenant, cet apprentissage est plus solide encore si l’apprenant est engagé dans une activité personnelle significative en dehors de sa tête. Cette construction qui doit être capable d’être partagée avec d’autres peut prendre la forme d’un robot, d’une composition musicale, d’un jouet de papier mâché…» (Sylvia Libow Martinez et Gary Stager, Invent to Learn: Making, Tinkering and Engineering in the Classroom). Ce que permet un «makerspace» c’est précisément la possibilité de convertir une pensée créative en une pratique créative.

Pourquoi un «makerspace» est-il est important pour l’éducation du 21ème siècle?

Et si apprendre par la pratique a toujours été primordial, cette forme de pédagogie est particulièrement pertinente pour le monde d’aujourd’hui et de demain. La mémorisation de connaissances ne peut se substituer à la curiosité, à la capacité de résoudre des problèmes, à l’inventivité, à l’expérimentation et à la persévérance qui ensemble constituent ce que ce le professeur Tony Wagner de Harvard décrit comme la compétence la plus importante pour le siècle à venir: l’innovation. David Wells, qui supervise l’enseignement du «making» au New York Hall of Science, maintient que le genre d’éducation qu’un «makerspace» rend possible apprend aux «enfants comment décomposer leurs grandes idées en éléments plus petits pour dessiner une première étape possible,» à «se familiariser non seulement avec les outils du ‘makerspace,’ mais, plus essentiel encore, avec le processus de recherche, d’accès aux informations et de la mise en application de ces données pour fabriquer tout ce qu’ils ont envie de fabriquer… Nous développons une mentalité du ‘je suis capable de tout créer et je peux y arriver.’»

Le Makerspace du New York Hall of Science (Crédits: NYSCI).

De plus, comme notre élève Ben me l’a si bien raconté, les «makerspace» nourrissent une forme de créativité dont la motivation est intrinsèque: «un ‘makerspace’ permettrait aux élèves de suivre un apprentissage basé sur l’intérêt personnel, où c’est leur motivation pour construire quelque chose qui les amène à apprendre. Quand j’ai voulu créer un système qui allume des lumières en fonction de la fréquence d’une musique, cela m’a conduit à apprendre finalement tout le programme sur l’électricité, et bien au-delà, afin de créer le circuit qu’il me fallait.»

Si vous souhaitez en savoir plus et partager vos propres réflexions sur le «makerspace» que nous planifions pour l’année scolaire 2016-17, n’hésitez pas à me contacter. Lisez également les autres blogs que nous publierons sur ce sujet dans les prochaines semaines et veuillez assister à la réunion spéciale que nous consacrerons au «making» à l’automne. Pour Ben K. , «Je ne rêve pas de fabriquer une chose en particulier. Je rêve de fabriquer ce que je veux. El là je parle uniquement de ce que je rêve de créer pour moi-même. Si je regarde ce qui peut être fabriqué pour aider les autres, les possibilités sont infinies.» Chers membres de la communaute du Lycee Francais de New York, nous le devons à nos élèves de soutenir cette vision.

NB. Le titre de ce blog provient de la traduction en français du titre du merveilleux livre de Sylvia Libow Martinez et de Gary Stager, Invent to Learn: Making, Tinkering and Engineering in the Classroom (Torrance, California: Constructing Modern Knowledge Press, 2013)

Following the announcement of our new strategic plan last January, students, faculty and families have been VERY excited about the makerspace we will soon be building for our primary and secondary schools. Those familiar with the concept of “making”, often because they have visited the “makerfaire” that takes place at the New York Hall of Science (NYHOS) each fall, are thrilled to know that the LFNY will be providing a place for creativity that is deliberately tailored to the challenges and opportunities of the 21st century.

For those discovering the makerspace, some explanation is needed, but they quickly see how essential it will be to advancing our educational priorities for the next five years, particularly that of ensuring that all of our students, and not just those who end up choosing the “S” track of the French Baccalaureate, are prepared for the science-, technology-, engineering-, arts- and math-intensive world which defines our times.

Please find below replies to a few of the questions which members of our community have asked, including some especially inspiring words from a remarkable twelfth grade student at the Lycée Français de New York, Ben K. In addition to excelling at our school, Ben happens, to the delight, I am sure, of countless young inventers around the city, to work part-time at the NYHOS.

These “alphabites” were created using the LFNY’s 3D printer, which is currently located in the Primary library, but will ultimately be moved to our makerspace. This alphabetical puzzle was completed by 9th grader Léo D. and Primary ESL teacher Gretchen Schell to serve the needs of an English teacher in our partner school in Haiti, the Lycée Jean Baptiste Pointe du Sable. (credit: Young Kim)

What is a makerspace?

One of the most simple definitions comes from the Maker Education Initiative, a non-profit organization founded in 2012 by Dale Dougherty. Dougherty established the foundations of what has become known in the United States and elsewhere as the “maker movement:” Make Magazine, launched in 2005; and the “world’s largest do-it-yourself festival” otherwise known as the MakerFaire, initiated in the San Francisco Bay Area in 2006 (see below Dougherty’s TED talk “We are Makers,” delivered in 2011).

A makerspace, according to Makered’s Makerspace Playbook, is a place “where…new and experienced makers”, understood as people who imagine something and then transform that something into a concrete object, “work on real and personally meaningful projects, informed by helpful mentors and expertise, using new technologies and traditional tools.” NB. These technologies and tools vary from one such place to another, but typically range from sewing machines to soldering irons to woodwork lathes to graphic design software to 3-D printers to laser cutters.

Yet enticing as it is, this list is not what matters most. As our Terminale student Ben K. explains, “A makerspace is a place where people have the space, resources, and environment to make what they want. The tools are second to having a space where people can make, and where people can talk about making. While we are in NYC, and garages and backyards are few, I think a space to make stuff, and space to store projects when not making, are among the most important parts of a makerspace.”

What is the educational philosophy behind a makerspace?

On both sides of the Atlantic, whether it be Jean Piaget in Switzerland or John Dewey in the United States, educational philosophers have long appreciated the exceptional value of learning by doing. For Piaget, “to understand is to invent”, i.e. the deepest understanding is often that which a person is able to build himself or herself, no puns intended. Or as Dewey affirmed in Democracy and Education, the path-breaking book he published in 1916, “give the pupils something to do, not something to learn, and if the doing is of such a nature as to demand thinking; leaning naturally results.”

Perhaps the most compelling arguments in favor of “making” come from one of the great figures of integrated science-technology-engineering-art-and-mathematics education, MIT Professor Seymour Papert, whose research and practice have demonstrated the extraordinary power of not just equipping students with a creative mindset, but also taking “a step further towards action.” For Papert, “Although the learning happens inside the learner’s head, this happens most reliably when the learner is engaged in a personally meaningful activity outside of their head. This shareable construction may take the form of a robot, musical composition, papier maché volcano…” (Sylvia Libow Martinez and Gary Stager, Invent to Learn: Making, Tinkering and Engineering in the Classroom). What a makerspace allows is precisely this extension of creative thinking into creative doing.

Why is a makerspace so important to 21st century education?

While learning through doing has always been important, this pedagogy is especially relevant for the world of today and tomorrow. The memorization of knowledge is no substitute for the curiosity, problem-solving, inventiveness, experimentation and perseverance which together constitute what Harvard Professor Tony Wagner describes as the most vital competency for our emerging century: innovation. David Wells, who oversees making and learning at the New York Hall of Science, contends: a makerspace teaches “kids how to break down their big ideas into smaller components in order to figure out a plausible first step”, to “become familiar not just with makerspace tools but, more important, with the process of finding, accessing and using information to teach themselves how to do whatever it is they want to do, and make whatever they want to make…We’re developing the ‘I can’ mentality.”

The Makerspace at the New York Hall of Science. (Credits: NYSCI)

Moreover, as our student Ben has shared with me, makerspaces empower self-motivated creativity: “A makerspace would allow students to follow interest-based learning, where it’s their interest to build something that leads to them learning. When I wanted to create a system which lights up lights based on what frequency of music is playing, it led me to learn essentially everything in the program about electricity, and much beyond that, in order to create the circuit.”

If you would like to learn more and contribute your own thoughts about the makerspace we are designing for 2016-17, please do not hesitate to contact me. Keep your eyes peeled too for additional blogging on this topic in the coming weeks, as well as a special meeting this fall dedicated to making. For Ben K. , “I don’t dream of making any one thing. I dream of making what I want. And this is only what I dream of creating for myself. If I look at what can be made to benefit others, the possibilities are endless.” Dear members of the LFNY community, we owe it to our students to support this vision.

NB. The heading of this post is the French translation of the title of the outstanding book by Sylvia Libow Martinez and Gary Stager, “Invent to Learn: Making, Tinkering and Engineering in the Classroom” (Torrance, California: Constructing Modern Knowledge Press, 2013)

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Sean Lynch

Proviseur / Head of School

seanlynch
Holding both French and American nationalities, educated in France (Sciences Po Paris) and the United States (Yale), and as the proud husband of a French-American spouse and father of two French-American daughters, Sean Lynch has spent his entire professional and personal life at the junction between the languages, cultures and educational systems of France and the United States. He has been Head of School at the Lycée Français de New York since July 2011, after having spent 15 years at another French bilingual school outside of Paris: the Lycée International de St. Germain-en-Laye. In addition to being passionate about education, he loves everything related to the mountains, particularly the Parc National du Mercantour.

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