Selfies d’artistes en herbe

“Selfie” est un mot du 21ème siècle qui laisse peu de gens indifférents. Pour certains, y compris quelques-uns des commentateurs les plus astucieux de chaque côté de l’Atlantique, il résume ce qu’ils considèrent comme étant l’individualisme, pour ne pas dire l’égoïsme des jeunes nés aux alentours de ou depuis l’an 2000. S’intitulant «The Self(ie) Generation», ou en français, «La génération du moi, la génération du selfie,» un éditorial du New York Times affirme qu’il existe un lien entre, d’un côté, l’impression que les natifs du nouveau millénaire préfèrent les relations de pair à pair à la participation civique, et, de l’autre, le fait que ces mêmes personnes aiment se prendre constamment en photo.* On peut également citer un excellent article paru cette fois dans Le Monde, dont le titre en dit long sur le point de vue du journaliste: «Selfies: le tout à l’égo.» **

 

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Martine Fougeron, artiste en résidence pour les Quatrièmes

Une autre interprétation existe aussi, qui résonne plus à mon avis avec ceux qui cotoient quotidiennement les jeunes, et pas seulement la génération X, mais aussi les générations Y et Z qui sont nées dans l’univers des médias sociaux devenus omniprésents au cours de la dernière décennie. Comme l’explique le réalisateur et acteur James Franco, «Au fur et à mesure que nos vies sociales deviennent plus électroniques, nous devenons plus aptes à interpréter les médias sociaux. Une conversation par texto ne permettra sans doute pas de communiquer nos sentiments, mais un selfie peut tout clarifier en un instant. Les selfies sont des outils de communication plus que des manifestations de vanité…A l’ère des réseaux sociaux, le selfie est la nouvelle façon de regarder quelqu’un droit dans les yeux et de lui dire: ‘Bonjour, ceci, c’est moi.’»*** De même, la journaliste spécialiste des nouvelles technologies, Jenna Wortham, écrit: «Plutôt que de rejeter cette nouvelle tendance comme un effet secondaire de la culture numérique ou une forme d’exhibitionnisme désolant, peut-être devrions-nous considérer les selfies pour ce qu’ils ont de meilleur-une sorte de journal intime visuel, une façon de ponctuer notre courte existence et de la montrer aux autres comme preuve de notre passage.»****

Toujours désireux de relier l’apprentissage des élèves au Lycée Français de New York au monde dans lequel ils grandissent, nous avons décidé l’année dernière, lors de la programmation de nos trois artistes en résidence pour 2014-15, qu’une semaine, celle que la célèbre photographe française Martine Fougeron passerait avec nos Quatrièmes, choisirait l’autoportrait numérique pour être la toile blanche sur laquelle nos élèves s’exprimeraient. Pour nous, le “selfie” les ferait réfléchir aux dangers potentiels d’une auto-exposition excessive ou inappropriée sur l’internet, tout en leur permettant de développer leur créativité sous la direction d’une artiste de grande renommée, en accord avec la mission de notre programme d’artistes en résidence piloté avec tant d’expertise par la directrice de notre centre culturel, Pascale Richard.

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L’exposition des selfies: “My I & My Tribe”

A en juger par l’extraordinaire exposition de photographies inaugurée vendredi après-midi par Martine Fougeron et nos collégiens, point d’orgue d’une plongée de quatre jours dans la recherche de leur propre expression, l’expérience s’est avérée mémorable. Par respect pour la vie privée de nos jeunes artistes, une notion qu’ils vont maintenant, peut-être paradoxalement, mieux appréhender, nous ne publierons pas leurs selfies sur ce blog public, mais j’espère que vous ne m’en voudrez pas s’il vous plait d’en faire l’éloge: les autoportraits de nos élèves sont absolument frappants, par leur profondeur, leur originalité, leur authenticité, leur beauté. L’une des photographes a choisi de se prendre en photo regardant vers le haut et vers la gauche, contemplative et souriante à la fois, accompagnant son image d’une simple légende: «Je suis un penseur.»

Un autre selfie représente un jeune garçon qui regarde l’appareil avec un air interrogateur et serein, avec plusieurs ordinateurs par-delà son épaule droite faisant penser à une chaîne de montagnes qu’il est sur le point d’escalader. Les mots écrits sous la photo: «J’ai choisi de prendre ce selfie parce que je trouve qu’il capte bien ce moment que je passais avec mes camarades en train de travailler sur un projet collectif que nous allions présenter devant le reste de la classe. Je lève les yeux comme si je plongeais dans mon propre avenir prometteur et plein de rebondissements.» Un troisième élève montre son visage visiblement heureux sur une moitié de l’image, avec une lumière qui brille en arrière-fond et un escalier qui mène à une porte sur sa droite: «J’ai choisi ce selfie,» écrit notre élève, «car il contient les symboles de ma vie. La lumière au second plan en bas à gauche représente l’espoir et la bonté de l’homme. La porte à droite représente le choix de notre vie (bien ou mal).»

Il y a aussi une jeune artiste qui semble se trouver au milieu d’une installation d’art, d’après les mots «Belong to something: introspective» peints sur le mur de carrelage blanc sur lequel elle s’appuie et qui occupe une grande partie de la photo. «L’art est partout où vous regardez», raconte la légende. «Dans ma ville, c’est le graffiti sur les murs. Dans ma ville, l’art est dans les galeries. Dans ma ville, il est dans les parcs, dans les rues, dans les restaurants et les magasins…Voici mes pensées sur quelque chose que j’aime, l’art. Sur ce selfie, je regarde attentivement mon reflet dans une pièce d’Anish Kapoor, un artiste que j’admire pour la créativité et l’originalité, mais surtout, pour la beauté de son œuvre. Je ne fais qu’exprimer ma passion pour l’art.» Je pourrais continuer, chers membres de la communauté du LFNY, mais il serait beaucoup, beaucoup plus intéressant d’aller voir vous-mêmes cette merveilleuse exposition. La prochaine fois que vous passez dans l’établissement avant les vacances de Thanksgiving, je vous invite vivement à venir voir l’espace de la galerie à l’extérieur de notre Centre Culturel. J’ose parier que cela vous rappellera Rembrandt, bien que d’une toute autre époque!

*Charles M. Blow, “The Self(ie) Generation”, New York Times, 7 mars 2014
**Amaury Da Cunha, “Selfies: le tout à l’ego,” Le Monde, 16 janvier 2014
***James Franco, “The Meanings of the Selfie,” New York Times, 26 décembre 2013
****Jenna Wortham, “My Selfie, My Self,” New York Times, 19 octobre 2013

“Selfie” is a word from the 21st century which leaves few people indifferent. For some, including a few of the sharpest social commentators on either side of the Atlantic, it encapsulates what they consider to be the particular individualism, not to say selfishness of young people born circa or since the year 2000. By entitling itself “The Self(ie) Generation,” one New York Times opinion piece makes a clear connection between the apparent tendency of millennials to prefer peer-to-peer relations to civic participation, on the one hand, and to take photograph after photograph of themselves, on the other hand.* Or consider another excellent article in the same vein, this time in Le Monde, of which the title speaks volumes about the journalist’s views: “Selfies: le tout à l’égo,” or in English, “Selfies: It’s All About Ego.”**

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Artist in Resident Martine Fougeron works with an 8th-grade student.

Another interpretation also exists, which I believe resonates more with anyone associated with young people, not just Generation X, but Generations Y and Z, those born into the universe of ubiquitous social media which has emerged in the last decade. For director and actor James Franco, “As our social lives become more electronic, we become more adept at interpreting social media. A texting conversation might fall short of communicating how you are feeling, but a selfie might make everything clear in an instant. Selfies are tools of communication more than marks of vanity… In our age of social networking, the selfie is the new way to look someone right in the eye and say, ‘Hello, this is me.’”*** Similarly, technology journalist Jenna Wortham affirms, “Rather than dismissing the trend as a side effect of digital culture or a sad form of exhibitionism, maybe we’re better off seeing selfies for what they are at their best — a kind of visual diary, a way to mark our short existence and hold it up to others as proof that we were here.”****

A residency exploring the self
Ever dedicated to tying what students are learning at the Lycée Français de New York to the world in which they are growing up, we decided last year, when planning our three artists in residence for 2014-15, that one of them, the week our entire eight grade class would spend with acclaimed French photographer Martine Fougeron, would embrace digital self-portraiture as the canvas with which students would work. In our view, the “selfie” would allow them to reflect on the potential dangers of excessive or inappropriate self-exposure on the internet, as well as be the means by which they would be able to develop their own creativity under the guidance of an accomplished artist, in keeping with the mission of our artist-in-residence program so expertly piloted by the director of our Cultural Center, Pascale Richard.

Judging from the extraordinary photography exhibition which our Quatrième students and artist-in-residence Martine Fougeron inaugurated at school this past Friday afternoon, as the culminating moment in the week-long dive into their own self-expression in which they had been engaged over the preceding four days, the experience was memorable in every way. Out of respect for the privacy of our young artists, a notion of which we hope they will now, perhaps paradoxically, have a better understanding, we will not be publishing their selfies on this public blog. However, please allow me to boast: our students’ self-portraits are absolutely striking, in terms of their thoughtfulness, their originality, their authenticity, their beauty. One photographer has chosen to capture herself looking upwards and off to the left, contemplative and smiling at the same time, accompanied by the simple caption: “I’m a thinker.”

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Student selfies exhibit, “My I & My Tribe”

Another depicts a young man looking quizzically, though serenely into the camera, with several computers in the background, as if a mountain range he was about to climb. The words beneath the selfie: “I chose to take this selfie because I felt like it really captured the moment that I was spending with my peers and working on a collective project that we will be presenting in front of the rest of the class. I am looking up as if staring into my own ascending future full of its own twists and turns.” A third student shows an evidently happy face in one half of the picture, with a bright light shining to his left and a staircase to a doorway on his right. “I chose this selfie,” writes our student, “because it contains the symbols of my life. The light in the background on the left represents the hope and goodness of mankind. The door on the right represents the choice of our lives (good versus bad).”

There is also the young artist who appears to be in the middle of an art installation, given the words “Belong to something: introspective” painted on the white tile wall on which she is leaning and which occupies much of her photograph. “Art is everywhere you turn,” reads the caption. “In my city, it is the graffiti on the walls. In my city, art is in the galleries. In my city, it is in the parks, on the streets, in the restaurants, and the stores…Here is my reflection in something I love, Art. In this selfie, I am looking deep into my personal reflection in an Anish Kapoor piece, an artist I admire for his creativity and originality, but most of all, beauty. I am expressing my passion for art.” I could go on, dear members of the LFNY community, but it would be far, far better to see this wonderful exhibit with your own eyes. When you are next at school between now and the Thanksgiving break, please do visit it in the gallery space outside our Cultural Center. I dare say you will be reminded of Rembrandt, albeit from a different epoch!

*Charles M. Blow, “The Self(ie) Generation”, New York Times, March 7, 2014
**Amaury Da Cunha, “Selfies: le tout à l’ego,” Le Monde, January 16, 2014
***James Franco, “The Meanings of the Selfie,” New York Times, December 26, 2013
****Jenna Wortham, “My Selfie, My Self,” New York Times, October 19, 2013

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Sean Lynch

Proviseur / Head of School

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Holding both French and American nationalities, educated in France (Sciences Po Paris) and the United States (Yale), and as the proud husband of a French-American spouse and father of two French-American daughters, Sean Lynch has spent his entire professional and personal life at the junction between the languages, cultures and educational systems of France and the United States. He has been Head of School at the Lycée Français de New York since July 2011, after having spent 15 years at another French bilingual school outside of Paris: the Lycée International de St. Germain-en-Laye. In addition to being passionate about education, he loves everything related to the mountains, particularly the Parc National du Mercantour.

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