Ants We Are Not

Il ne fait aucun doute a mon avis que tout éducateur aurait réagi de la même façon. La curiosité est piquée et l’on veut en savoir plus à la lecture de la phrase suivante, trouvée dans une critique de livre publiée dans le New York Times: «S’il tombe dans les mains de la mauvaise personne, A Path Appears est un livre dangereux: surtout vous ne devriez pas le laisser traîner là où votre adolescent pourra le feuilleter.»*

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Image extrait du documentaire A Path Appears, basé sur le livre éponyme. 

Humm, me suis-je dit, tout en continuant à lire. «Nicholas D. Kristof et Sheryl WuDunn [les auteurs de l’ouvrage en question] vous montrent», écrit l’économiste de l’université d’Oxford Paul Collier, auteur de cette revue, «à travers de nombreux exemples qui sont autant de preuves sérieuses que l’on peut faire la différence dans la vie de gens piégés par la pauvreté.» Mais comment un tel message pourrait-il être explosif pour un adolescent, me suis-demandé? Et ainsi provoqué, je n’ai pas eu d’autre choix que d’acheter un exemplaire de l’ouvrage.

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J’ai également demandé à certains de nos élèves ce qu’ils pensaient de la remarque du professeur Collier à propos de leur génération. En leur montrant le livre, puis en l’ouvrant sur un passage qui résume bien l’argument de Kristof et de WuDann, j’ai voulu savoir pourquoi l’on pourrait décrire A Path Appears comme étant dangereux chez des adolescents. «Le défi [que nous devrions relever aujourd’hui]», ai-je lu à haute voix, «est celui de favoriser une culture de l’altruisme et de l’empathie, cherchant à insuffler un instinct pour l’engagement social. Cela revient à montrer qu’il ne s’agit pas de vous ou de moi, mais de nous.»** Et j’ai continué avec la section suivante: «Participer à une cause plus grande que soi-même aide à la construction de nos réseaux sociaux, crée un sentiment d’accomplissement, nous fait sortir du lit chaque matin avec plus de ressort dans notre démarche, et nous aide à faire la différence dans la vie des autres, et cela donne un but à notre existence.»*** Des paroles perturbatrices en quel sens?

“Génération selfie?”

L’auteur fait de l’ironie, l’un de nos lycéens m’a répondu. Pour cet élève, Paul Collier essayait de rappeler aux adultes qu’ils avaient eux aussi été idéalistes par le passé et qu’ils devraient tenter de penser de nouveau comme des adolescents s’ils se souciaient vraiment du monde. Oui, a rajouté un autre, faisant valoir que tous les problèmes auxquels la planète fait face résultent des générations précédentes et la résignation n’est pas une option. Une autre élève s’est demandée si en réalité le professeur Collier n’était pas plutôt en train de critiquer les jeunes, souvent surnommés la «génération selfie». Peut-être sa provocation est-elle dirigée vers nous, a-t-elle poursuivi. L’écrivain veut nous dire que si nous ne faisons pas attention, nous pourrions grandir en oubliant ceux qui sont moins privilégiés que nous, mais cela n’arrivera jamais. Jamais, ont convenu les autres, citant des projets de service communautaire dans lequels chacun était personnellement engagé. Le fait que nous aimons la technologie n’a rien à voir, m’ont-ils dit; au contraire, les médias sociaux sont un outil TRES efficace pour initier le changement.

Bravo, ai-je lancé à la cantonade. Vous qui êtes élèves sont si passionnément résolus à avoir un impact que je savais que vous me répondriez avec perspicacité. Qu’en pensez-vous? Devrions-nous demander à notre bibliothèque de commander A Path Appears pour le LFNY? L’un des deux élèves à qui j’avais donné le livre a répliqué avec une citation tirée de la troisième page. Écoutez ceci, nous a-t-il dit. Une citation de Henry David Thoreau: «Il ne suffit pas d’être industrieux car les fourmis le sont aussi. Plus important est de savoir dans quel but vous êtes industrieux.» N’est-ce pas cette question à laquelle nous vous demandons de répondre au Lycée Français de New York? Oui, ont-ils entonné. Et nous devrions absolument acheter un exemplaire de cet ouvrage pour notre CDI!

*Paul Collier, “A Path Appears by Nicolas Kristof and Sheryl WuDunn”, New York Times, 16 octobre 2014.

**Nicolas D. Kristof and Sheryl WuDunn, A Path Appears (New York: Alfred Knopf, 2014), p. 15.

*** Ibid, p. 315.

There is little doubt that any educator would have responded in the same way. Upon reading the following sentence in a New York Times book review, one’s curiosity is piqued and one wants to know more: “In the wrong hands, A Path Appears is a dangerous book: you wouldn’t want to leave it lying around where your teenager might glance at it.”*

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Image from the documentary A Path Appears

Hmmm, I thought to myself, and perused on. “Nicholas D. Kristof and Sheryl WuDunn [the authors of the work in question] show you,” writes the reviewer, Oxford economist Paul Collier, “through many amazing vignettes matched with serious evidence, that you can make a difference in the lives of people trapped in misery.” Wait, how might such a message be dangerous for teenagers, I wondered? I had no choice but to purchase a copy of A Path Appears for myself.

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I also asked some of our teen-aged students what they thought about Professor’s Collier’s reference to their generation. Showing them the tome and opening it up to a passage which summarizes well Kristof’s and WuDann’s argument, I inquired as to why the reviewer might have described A Path Appears as being so potentially hazardous for young people. “The challenge [for today]”, I read aloud, “is to nurture a culture of altruism and empathy, seeking to imbue an instinct for social engagement. That is to say, it’s not you or me, but we.”** Or consider this section: “Participating in a cause larger than yourself builds up our social networks, creates a sense of fulfillment, gets us out of bed in the morning with a bounce in our step, and helps us make a difference in the lives of others-even as it affirms a purpose for our own lives on earth.”*** Explosive for the young? In what way?

“Selfie Generation?”

The writer’s being ironic, replied one high schooler. For this student, Paul Collier was trying to remind adults that they too had once been idealistic and should think like teenagers again if they truly cared about the world. Yes, interjected another, arguing that all of the problems facing the globe come from older generations who need to know that resignation is not an option. A third student added that Professor Collier might actually be criticizing young people, because they are often called the “selfie generation”. Maybe the provocation is meant for us, she continued. The writer’s saying that if we don’t pay attention, we teenagers might grow up forgetting about those less privileged than ourselves, but that’ll never happen. Never, her peers agreed, citing service projects in which each was personally engaged. Just because we like technology doesn’t mean much, they added; in fact, social media are VERY good tools for bringing about change.

Bravo, I happily enjoined. You students are so committed to making a difference that I knew you would have great insight. What do you think, should we request that our library order A Path Appears for the LFNY? One of the students to whom I had handed the book answered with a citation from page three. Listen to this, he said. A quote from Henry David Thoreau: “It is not enough to be industrious; so are the ants. What are you industrious about?” Sounds like the question we’re asking you to answer during your years at the Lycée Français de New York, would you agree? Yes, came their reply. And a copy for our CDI we should have!

*Paul Collier, “A Path Appears by Nicolas Kristof and Sheryl WuDunn”, New York Times, October 16, 2014.

**Nicolas D. Kristof and Sheryl WuDunn, A Path Appears (New York: Alfred Knopf, 2014), p. 15.

*** Ibid, p. 315.

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Sean Lynch

Proviseur / Head of School

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Holding both French and American nationalities, educated in France (Sciences Po Paris) and the United States (Yale), and as the proud husband of a French-American spouse and father of two French-American daughters, Sean Lynch has spent his entire professional and personal life at the junction between the languages, cultures and educational systems of France and the United States. He has been Head of School at the Lycée Français de New York since July 2011, after having spent 15 years at another French bilingual school outside of Paris: the Lycée International de St. Germain-en-Laye. In addition to being passionate about education, he loves everything related to the mountains, particularly the Parc National du Mercantour.

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